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MEMORIALES, APLI, EMB. La grève « européenne » du lait de 2009

by ApliCom

Posted on août 15, 2019 at 04:55

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Pour les producteurs laitiers européens, l’année 2008 a été marquée par la chute brutale du prix de production, après une année 2007 tout à fait exceptionnelle caractérisée par une envolée des cours mondiaux. Cette chute s’est accompagnée de modifications majeures de l’organisation structurelle du secteur laitier au niveau européen. En effet, le 20 novembre 2008, les ministres européens de l’Agriculture ont signé un accord politique sur le « Bilan de santé de la politique agricole commune ». Celui-ci prévoit notamment une augmentation progressive des quotas laitiers (de 1% par an) avant leur disparition complète au 1er avril 2015 afin « d’assurer un « atterrissage en douceur » du secteur laitier [1][1]Proposition de la Commission européenne à l’Agriculture, mai… ». L’élimination de ces quotas a pour but « un accroissement de la production, une baisse des prix et un renforcement de la compétitivité du secteur [2][2]Ibid. ». La grève du lait européenne, qui a eu lieu du 10 au 24 septembre 2009, s’inscrit dans ce contexte de crise économique de grande ampleur et de dérégulation de la production laitière européenne. Le recours des agriculteurs mobilisés à un mot d’ordre de « grève du lait » interpelle, tant ce mode d’action semble l’apanage des salariés et non des travailleurs indépendants et tant il renvoie à des pratiques qui n’ont de sens qu’en comprenant bien la spécificité de la production et du secteur. Faire une grève du lait ne signifie pas arrêter la production mais plutôt cesser la livraison, les producteurs continuent donc à traire quotidiennement mais ne fournissent pas le lait aux laiteries. S’il a été caractérisé par une relative originalité du répertoire d’action mis en œuvre, ce moment fort de lutte sociale a surtout révélé les processus de réorganisation des forces syndicales en présence. Un double phénomène pèse, en effet, sur la reconfiguration des intérêts agricoles : d’un côté une sectorisation forte de la représentation syndicale avec l’émergence et le renforcement d’organisations par filière ; de l’autre, la prégnance de la dimension européenne dans la façon de concevoir les enjeux, les énoncer, mais aussi de penser l’action protestataire. Nous reviendrons ainsi dans un premier temps sur les changements politiques et syndicaux qui sont à l’origine de la grève avant d’analyser l’utilisation faite de ce mode d’action.

La montée en puissance des organisations de filière

2La grève du lait de septembre 2009 a eu une certaine portée européenne. Mais le cas de la France est à placer au centre de l’analyse, dans la mesure où les organisations françaises en constituent l’acteur majeur et surtout le déclencheur. Cet éclairage national permettra également de saisir les transformations de l’échiquier syndical français et européen en lien avec cette crise. Jusqu’en 2008 le prix du lait en France était négocié au sein du Cniel [3][3]Centre national interprofessionnel de l’économie laitière. entre les producteurs de lait (représentés par la Fédération nationale des producteurs de lait – FNPL), les coopératives (représentées par la Fédération nationale des coopératives laitières – FNCL) et les industries laitières (Fédération nationale de l’industrie laitière – FNIL). La FNPL, association spécialisée de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), syndicat agricole majoritaire en France, avait donc le monopole de la représentation des producteurs laitiers en France. Malgré leurs multiples demandes, ni la Confédération paysanne ni la Coordination rurale, respectivement deuxième et troisième syndicat agricole, n’ont pu siéger dans cette instance. Elles revendiquent le droit de participer aux négociations sur le prix du lait en tant que syndicats représentatifs et dénient la prétention de la FNPL à porter la voix de l’ensemble des producteurs laitiers. Suite au « Bilan de santé de la PAC », la FNPL a pris acte de la fin des quotas et donc de cette forme de régulation du marché laitier et a avancé l’idée d’une contractualisation entre les producteurs et le transformateur, projet auquel s’opposent la Confédération paysanne, la Coordination rurale et l’Association des producteurs de lait indépendants. Le 21 avril 2008, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a enjoint la profession à cesser de diffuser des recommandations nationales pour l’évolution du prix du lait. Cette décision a ouvert une brèche dans laquelle se sont engouffrées les industries laitières plaidant pour un alignement du prix français sur l’allemand. Elles ont tenté d’imposer une baisse du prix d’achat du lait. Malgré l’injonction de la DGCCRF, des négociations ont toutefois été menées à partir de mai 2009 sans aboutir à un accord. Les syndicats agricoles ont alors appelé à des mobilisations devant les laiteries (mais de manière indépendante les uns des autres). Un accord est finalement arraché le 3 juin, mais de fortes critiques se sont alors élevées contre la FNPL, accusée par certains de mal défendre les intérêts des producteurs laitiers, favorisant ainsi la reconnaissance de nouvelles organisations syndicales.

Roullaud Élise, « La grève « européenne » du lait de 2009 : réorganisation des forces syndicales sur fond de forte dérégulation du secteur », Savoir/Agir, 2010/2 (n° 12), p. 111-116. DOI : 10.3917/sava.012.0111.

URL : https://www.cairn.info/revue-savoir-agir-2010-2-page-111.htm

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