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LE GRAND LICENCIEMENT

by ApliCom

Posted on février 13, 2019 at 04:19

AGRICULTURE. DANS LES CAMPAGNES, LE GRAND LICENCIEMENT

Dans quelques mois, Jean-Paul Potier, installé avec son cousin dans le département d’Indre-et- L oire, se prépare à arrêter l’élevage des vaches. Sébastien Pons/HansLucas

Avec 65 500 exploitations disparues depuis dix ans, c’est l’équivalent d’une usine de 6 500 salariés qui ferme chaque année. Reportage auprès de producteurs laitiers, les plus touchés par la crise.

Dans la stabulation où subsiste encore un peu de paille, on n’entend plus le bruit métallique des cornadis qui claquent quand les chèvres y passent la tête pour attraper le fourrage que Thierry (1) leur donnait chaque jour. Depuis 2016, l’agriculteur a été contraint de vendre ses animaux, faute de pouvoir dégager un revenu suffisant de la vente du lait. « Pourtant, le lait de chèvre est payé plus cher que le lait de vache. La coopérative m’en donnait 50 centimes d’euro le litre au lieu de 30. » Ça n’a pas suffi. Les coûts de production, qui montent en flèche, ont dépassé le produit de la vente. Après s’être installé en 1996 à la suite de ses parents, c’est à contrecœur que Thierry a dû vendre ses bêtes. « J’aimais mon métier », lâche-t-il le cœur plus serré qu’il ne veut le laisser paraître. Sans forcément s’en rendre compte, noyé dans le travail quotidien rythmé par la traite deux fois par jour, les choses vont vite. Un tracteur qui tombe en panne au mauvais moment oblige à prendre une entreprise de travaux agricoles pour travailler les champs. Puis il faut bien effectuer les réparations. À 70 euros de l’heure pour faire intervenir un mécanicien d’une concession de matériel agricole, les exploitants accusent souvent le coup. Petit à petit, les factures s’accumulent sans que le prix payé après le passage du camion de la laiterie suffise. Pour beaucoup, c’est alors la spirale de l’endettement. « Les types au plus mal, comme moi, cumulent des crédits qui servent uniquement à rembourser leurs dettes », témoigne Christophe Le Monnier, dans son livre Le jour où on a vendu nos vaches (2), coécrit avec son épouse Ludivine Le Monnier. « Aujourd’hui, c’est un céréalier qui a repris les 76 hectares que j’exploitais ! » lance Thierry, qui va de ferme en chantier du bâtiment pour gagner sa vie. Son fils, qui suit des études d’agriculture, n’envisage pas de se lancer dans l’élevage.

Quelques kilomètres plus loin, dans le département voisin d’Indre-et-Loire, Jean-Paul Potier, en Gaec (groupement agricole d’exploitation en commun) avec son cousin, rentre de la stabulation. Une panne électronique a enrayé le bon fonctionnement de leur robot de traite et les vaches piétinent devant le portillon. « Le robot est fini de payer, mais il faudrait investir pour le renouveler », témoigne-t-il. Ce n’est pas ce qui arrivera.

si le lait est payé 325 euros les 1 000 litres, le compte n’y est pas

Dans quelques mois, les deux associés se préparent à arrêter leur élevage de vaches. C’est en 2005 qu’ils avaient décidé d’installer un robot de traite. Une machine mise en place au cœur de la stabulation où déambulent et s’alimentent les vaches et qui évite d’avoir à traire les ruminants matin et soir. « À cette époque, le lait était plus rentable et on avait davantage de visibilité sur l’avenir », se souvient l’agriculteur. Aujourd’hui, si le lait est payé 325 euros les 1 000 litres, le compte n’y est pas. Et ce n’est pas l’annonce du relèvement de 10 % du seuil de revente à perte qui est de nature à rassurer l’exploitant : « Qui peut croire qu’augmenter les prix du Ricard et du Nutella va permettre aux paysans d’être mieux rémunérés de leur travail ? Ce sont toujours les grandes surfaces et l’industrie qui font leurs prix. » Jean-Paul égrène les coûts de production qui ont tous augmenté. Le fioul pour faire tourner les tracteurs, les engrais, les produits phytosanitaires, « il faut y ajouter les primes de la PAC qui ont diminué de 25 % et le relèvement de certaines taxes », ajoute-t-il. Et il ne faut pas compter sur les veaux mâles vendus à l’engraissement pour venir combler la trésorerie. « Une bête de 15 jours est à peine vendue 80 euros. Quand on paye une insémination 50 euros, il y a un problème… » relève l’agriculteur, qui se souvient que les petits mâles noir et blanc étaient payés 120 euros, il n’y a encore pas si longtemps. Jean-Paul Potier a pourtant étudié les scénarios possibles : « Si on renouvelle le robot, il faut réinvestir par ailleurs. Comme notre secteur est désormais en zone vulnérable, on devrait aménager une nouvelle fosse à lisier, ainsi qu’une fumière couverte. Mais les prix payés ne nous permettent pas de nous lancer dans de tels investissements. » Et d’ajouter : « Pour les financer, il faudrait doubler la production de lait. Je suis déjà à 500 000 litres avec 50 vaches (basé sur les quotas disparus en 2015 – ndlr). Mais pour doubler la production, il faudrait deux robots, deux hangars, etc. À quelques années de la retraite, ce n’est pas sérieux de se lancer là-dedans. »

Pourtant, Jean-Paul fait partie de ceux qui se sont battus pour que le travail des éleveurs laitiers soit mieux rémunéré. En 2010, avec l’Association des producteurs de lait indépendants (Apli), il s’organise avec d’autres éleveurs de son territoire pour dénoncer l’immobilisme du syndicat majoritaire (FNSEA), dont il a claqué la porte à l’âge de 25 ans, face à la crise qui touche déjà la production laitière. « On s’est battus pour réguler le marché et pour établir un office européen du lait »,

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