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Le Craquage du lait…

by ApliCom

Posted on septembre 18, 2019 at 04:38

Le cracking moléculaire : casse ton lait cru pour faire un max pognon !

C’est l’anti-Perette au pot-au-lait et l’anti-monte lait chers au mère faisant bouillir leur lait cru acheté à la ferme.

199O Roquefort Société est mise en vente par son actionnaire historique,Michel Besnier tapis dans l’ombre guette sa proie fort de ses alliés dans la place : Yves Barsalou alors Président du CA et Jean Pinchon PDG de la Société des Caves. Nous cherchons des contrefeux. Dans mon bureau du 78 rue de Varenne,Jean-François Dehecq, l’héritier de Jean-René Sautier créateur au sein ELF Aquitaine de Sanofi, et grand architecte de ce groupe hygiène-santé encore société nationale.

Pour les petits loups qui savent tout mais ne connaissent rien, à cette époque Sanofi est propriétaire d’Entremont le « roi » de l’emmenthal breton vendu sous emballage individuel en GD. Je m’étonne de cette présence au sein d’un groupe hygiène-santé. Dehecq pur produit d’ELF, me rétorque : le lait c’est un produit blanc donc de santé et c’est un produit craquable comme le pétrole. Et de me faire la démonstration.

Il avait raison sur toute la ligne même si par la suite, internationalisation, recentrage sur la pharmacie et recherche de hauts profits, lui ont fait abandonner les vaches et leurs éleveurs turbulents. J’ai retenu la leçon et elle m’a beaucoup servi pour comprendre les stratégies des grands groupes laitiers : Nestlé, Lactalis, Danone, Bongrain, et les grandes coopératives du Nord de l’Europe.

Michel Besnier croquera La Société des Caves où il retrouvera face à lui le turbulent José Bové éleveur de brebis, mais pas encore démonteur du Mac Do de Millau, via Jean Pinchon bien sûr maintenu à son poste de PDG non opérationnel.

Alors, lorsque je veux faire mon effet auprès des petites louves qui ingurgitent des Danone bio alicaments je leur explique qu’ils sont fabriqués à partir de lait reconstitué. Ça jette un froid et un grand blanc.

Retour au José devenu eurodéputé vert, soi-dit en passant c’était son truc la politique bien plus que le syndicalisme agricole et je concède qu’il se bonifie en vieillissant. Avec Gilles Luneau, un excellent journaliste très au fait des réalités du secteur agro-alimentaire, il vient d’écrire un excellent ouvrage :L’alimentation en otage quand les multinationales contrôlent nos assiettes chez autrement.

Et nos deux auteurs de nous livrer une brillante démonstration sur les « mérites » du craquage du lait pour les pauvres multinationales bien sûr…

 

C’est quoi au juste le cracking moléculaire initié par l’industrie pétrolière?

 

« Grâce à différents procédés chimiques (catalyse) ou mécaniques (chaleur, membranes), le craquage casse une molécule organique en plusieurs éléments ayant une valeur commerciale importante. La somme de ces éléments rapportant plus que la molécule entière. »

 

C’est Danone qui dans les années 70 a ouvert la voie au craquage du lait.

 

« Le lait – liquide nourricier caractéristique des mammifères – est d’une complexité que le quidam ne soupçonne pas et dont nous n’avons pas encore exploré toutes les qualités… »

 

87% d’eau

 

Dans les 13% restant du lactose de 4,8 à 5%, des lipides de 3,4 à 4,4%, desprotéines de 3,2 à 3,5% et des minéraux de 0,8 à 0,9%.

 

Les composants du lait sont partout :

 

« … on a découvert des protéines qui libèrent lentement des acides aminés dopant la formation des muscles et d’autres qui le font rapidement pour aider les muscles à récupérer après un effort. La médecine sportive en inonde aujourd’hui le marché. »

 

« La valeur nutritionnelle, les qualités texturantes, émulsifiantes, organoleptiques de ces protéines laitières leur ont ouvert les portes de toutes les industries agroalimentaires. »

 

En résumé : lait, produits laitiers, nutrition infantile, et « quasiment tout ce qui se fait en d’alimentaire en usine : biscuiterie, charcuterie, chocolaterie, sauces, crèmes glacées, restauration industrielle et plats cuisinés, boissons énergétiques aliments hypo ou hypercaloriques, mais aussi en pharmacie et en cosmétique. »

 

Quelques chiffres : 70% du lait collecté en France est transformé par seulement une dizaine de grands groupes privés ou coopératifs.

 

Note du taulier : la collecte est mutualisée pour en diminuer le coût, donc le lait d’un éleveur Lactalis peut se retrouver chez Yoplait… On s’entend comme larrons en foire… De plus il existe, comme pour le pétrole, un marché spot du lait où les industriels en manque de lait l’achètent à ceux en surplus au prix du jour.

 

23,7 milliards de litres collectés en France pour un CA de 25,3 milliards d’euros.

 

Le fromage bientôt sous-produit du lactosérum

 

36,8% de la collecte font des fromages dont seulement 15% au lait cru. « Le reste est fait d’assemblages d’ingrédients pour créer croûtes et textures « au goût du client » à qui on n’a jamais demandé son avis, mais chez lequel on fait naître une pulsion d’achat du dit fromage à grand renfort de spots télévisés. »

 

Note du taulier : sans cette fichue loi Evin c’est ce qui pourrait se faire dans le vin.

 

Quand on fabrique du fromage il reste le petit lait qu’on ne donne plus aux cochons mais on le craque car le lactosérum est une mine de molécules monnayables « au point que le jour approche où le fromage ne sera plus qu’un sous-produit du lactosérum. »

 

19,5% transformés en beurre et matières grasses

 

13,8% en poudre de lait (le nouvel eldorado chinois sous forme de poudre pour alimentation infantile)

 

7,2% en yaourts

 

7% en crèmes.

 

Le reste c’est le lait liquide conditionné 10,4% de la collecte

 

Et là c’est le royaume de l’ambigüité et du marketing car le lait entier c’est légalement 3,6% alors qu’au pis de la vache ça varie de 3,5 à 4,6% selon la race de la vache, son alimentation, du stade de lactation. Pour le ½ écrémé, 80 % de la conso, c’est encore plus juteux. Le surplus c’est tout bénef !

 

Mais ce n’est pas tout la France patrie de Pasteur est la championne du monde de la pasteurisation et du lait UHT. Ça fait du lait qui voyage, donc tout bénef pour la GD qui s’approvisionne à bas coûts. De plus, en l’aromatisant ou en y ajoutant des vitamines, des fibres, des minéraux, on dope le prix conso avec du marketing « complément alimentaire », « alicament »…

 

Sus au lait frais et au lait cru !

 

Les Français sont des veaux à qui l’ont fait sucer des laits pour sportifs en manque, pour femme active en stress, pour étudiant en examen, pour hypocondriaque en souffrance et ado en lutte contre son acné…

 

Bref, d’un produit naturel, complexe, le lait cru on fait une belle source de profits en le fractionnant sans se soucier des retombées sur la santé de ce craquage : les allergies alimentaires notamment.

 

Dernier point, la fin des quotas laitiers va certes permettre aux éleveurs français d’aller se mesurer via nos grands groupes au grand export de produits craqués mais comme ceux-ci savent compter il ne faudra pas compter sur eux pour aller ramasser le lait dans les confins du territoire de la France profonde. Le lait minerai sera produit au plus près des ports dans l’arc allant du sud de la Picardie à la Vendée.

 

Dans les années qui viennent nous allons assister à un grand déménagement du territoire mais de ça, à ce jour, tout le monde se fout. Marre de prêcher dans le désert depuis trop longtemps !

 

Le livre du couple Bové-Luneau est de salubrité publique pour le citoyen-consommateur espèce en voie de disparition.

 

4ième de couverture

« Dans l’ombre de la finance et du profit à court terme, une poignée de multinationales aux pouvoirs tentaculaires ont mis la main sur tous les échelons du système agroalimentaire mondial. De la graine plantée en terre à la grande distribution, des OGM à la sélection génétique animale, du négoce à la transformation, rien ne leur échappe. Les ressources s’épuisent, les inégalités se creusent, le paysan est dépossédé de son métier, le consommateur berné. Une seule réponse possible face à la superpuissance industrielle mondialisée : exercer chacun et ensemble, en toute conscience, le droit de choisir ce que nous mangeons. »

 

Pourra-t-on encore consommer des produits laitiers ?

Le Monde.fr | 

Par Christian Rémésy, nutritionniste et directeur de recherche INRA
Pour continuer à manger des bons produits laitiers en quantité modérée, pour épargner aux éleveurs la conduite infernale des futures usines à lait, pour maintenir sur tout le territoire des élevages écologiques de vache laitière, il est temps de changer de paradigme, d’écrire la charte d’une production laitière écologique et durable, de la mettre en application et de stopper la course au rendement laitier. C’est en maîtrisant le volume de ses productions que la viticulture a réussi à maintenir ses revenus. C’est en consommant moins de produits laitiers dont on connaîtra la qualité et l’origine que la santé humaine sera mieux gérée et l’avenir de l’élevage mieux assuré. Mais que font nos politiques, n’ont-ils qu’une compréhension à court terme des conséquences de leur décision, nos éleveurs auraient-ils perdu leurs liens avec la nature et les consommateurs tout sens critique ? Les industriels nous auraient-ils transformés en veaux ?

 

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