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ENDETTEMENT. Depuis dix ans la situation empire. Piqûre de rappel…

by ApliCom

Posted on janvier 21, 2019 at 04:02

Censés nourrir l’humanité, ils vivent du RSA : portraits d’agriculteurs au bout du rouleau

 

ls sont censés nourrir l’humanité, mais ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Paysans en Bretagne et en Picardie, ils vivent dans la précarité, font face au surendettement et aux procédures judiciaires. Des hommes et des femmes qui aiment leur métier et ne peuvent plus en vivre dignement. Reportage photo au cœur d’une pauvreté souvent invisible.

C’est une pauvreté invisible, pudique et fière. La misère qui se cache au fond de nos campagnes n’épargne pas ceux qui, depuis des générations, exploitent la terre ou élèvent leurs bétails. Au-delà de tout débat politique, syndical ou partisan, l’agriculteur est celui qui nourrit l’humanité. Comment celui qui travaille dur pour cela, ne peut-il vivre dignement de son travail ? L’agriculture française reste la plus performante d’Europe, mais la France compte deux fois moins de paysans depuis vingt ans. Les jeunes générations n’assurent plus la relève de ceux partant à la retraite. Précarité, faibles revenus, charges et horaires de travail élevés, endettement important à l’installation, tels sont les causes de se désengagement.

En 2000, il y avait 1,3 millions de d’agriculteurs en France. En 2010, ils sont 966 000. Le nombre d’exploitations est passé de 663 800 en 2000, à 490 000 pour 2010. Ce phénomène entraine également l’amplification des grosses structures de production, une migration de la population, la disparition des commerces et du tissu rural.

M. Martin, 70 euros de trop pour recevoir le RSA

M. Martin est éleveur de vaches de race limousine, il a décidé de se convertir en bio, et de travailler comme il le souhaite. Il est propriétaire d’un troupeau de 140 vaches et de 80 hectares de terre, dans le département de l’Oise, près de Compiègne, en Picardie. Son dossier suivi par l’association régionale de Solidarité Paysans concerne sa demande de RSA qui a été refusée car il gagnait … 70 euros de plus que le minima requis pour bénéficier de cette prestation.

Il a construit de ses mains la maison familiale en deux ans, mais a dû arrêter les travaux, situation financière oblige. Il doit privilégier les investissements sur son exploitation afin qu’elle devienne rentable. Il vit en couple avec ses 3 enfants âgés de 4 à 12 ans, dans un mobil-home depuis plusieurs années. En plus du travail de la ferme, il se loue comme prestataire agricole afin de faire rentrer un peu d’argent.

M. Huguet, 90 vaches laitières, 150 hectares, au RSA depuis 2010

M. Huguet est éleveur laitier en Bretagne. Avec sa femme et leurs deux enfants, il vit sur l’exploitation qu’il a acquise il y a cinq ans. La chute du prix du lait en 2008 le conduit a cumuler 120.000 euros de dette en quelques mois. Malgré ses difficultés financières, il a voulu participer à la grève du lait menée dans sa région au plus fort de la crise laitière. Il a déversé lors d’une manifestation quelques milliers de litres de sa production, afin de soutenir le mouvement revendiquant l’augmentation du prix d’achat du lait. Il travaille avec sa mère, élevant 90 vaches laitières sur sa ferme de 150 hectares de terre et de prairies. Aujourd’hui, ses dettes sont en partie payées. Lui restent 60 000 euros à régler, mais il fait toujours face à une gestion très rigoureuse de son exploitation. Il vit avec le RSA depuis 2010. Il trait ses vaches deux fois par jour sept jours sur sept, et n’arrive toujours pas à prélever de salaire pour son travail.

M. Guyon, assigné devant le tribunal par la Mutualité sociale agricole (MSA)

M. Guyon est éleveur de vaches laitières et cultivateur en Picardie. Il a perdu une partie de son troupeau suite à une maladie. En perte de revenus, impossible d’honorer les cotisations de la MSA (Mutuelle sociale agricole) qui l’assigne devant le tribunal de grande instance d’Amiens pour un arriéré de 6 000 euros. A 54 ans, si son redressement judiciaire n’est pas accepté, il devra vendre l’exploitation familiale.

Photos prises en 2011 pendant l’audience du tribunal, à Amiens.

M. Leroux, 330 000 euros de dettes

M. Leroux était éleveur porcin à Guiscriff, en Bretagne. Installé en 2000, les premiers problèmes de trésorerie apparaissent en 2003 avec l’une des crises du porc. 2004 : obligation de mises aux normes, prêt à la banque pour la construction d’une fosse à lisier. Ce projet est viable à condition d’agrandir un bâtiment pour produire plus. Le Crédit agricole donne son accord de principe sur ce projet. La fosse se construit mais pas le nouveau bâtiment : refus de la banque. Les charges d’exploitation augmentent. 2006-2007 : nouveau problème de trésorerie, l’éleveur doit vendre une maison de famille pour combler les intérêts des prêts bancaires.

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