preload

APLI
Actus

Dans les montagnes suisses les producteurs manquent d’air

by ApliCom

Posted on mars 03, 2019 at 04:08

En Suisse, des producteurs de lait proches de l’asphyxie

Comme dans d’autres pays européens, les paysans suisses peinent à rentabiliser leur production de lait. Avec un prix trop bas, de nombreux éleveurs ont le couteau sous la gorge.

Dans toute l’Europe – et la Suisse ne fait pas exception à la règle -, la pression exercée sur le prix du lait est telle que le secteur ressemble à une cocotte-minute. Il y a onze ans, la grève du lait, un mouvement parti de France, s’était (un peu) étendue à d’autres pays européens.

Depuis lors, rien ou presque n’a changé: «Aujourd’hui, le plus terrible, c’est que les producteurs suisses sont si désespérés qu’ils n’ont plus la force de se battre. Beaucoup renoncent ou font de l’élevage pour la boucherie, d’autres continuent mais grèvent leur capital. Enfin, certains se suicident, c’est catastrophique», s’indigne Berthe Darras d’UniterreLien externe, un syndicat de gauche qui lutte pour une agriculture durable et de proximité.

Un prix bien inférieur au coût de production

Actuellement, en Suisse, le prix indicatif du kilo de lait est de 68 centimes. Cependant, il existe de grandes différences entre les types de lait. Pour celui destiné à la fabrication de fromage, les éleveurs perçoivent environ 80 centimes, tandis que pour le lait fourni aux transformateurs (environ les deux tiers du total), le prix avoisine les 55 centimes.

Ces tarifs ne couvrent absolument pas le coût de production: dans les exploitations de plaine, il est d’environ un franc par kilo, tandis que dans les exploitations de montagne, il atteint 1,60 franc.

prix du lait
(SMP PSL)

Pour compenser cette différence, les agriculteurs suisses peuvent compter sur des paiements directs. Ce mécanisme, qui existe également au sein de l’Union européenne, couvre divers services d’intérêt général, par exemple la préservation du paysage ou la sauvegarde de la biodiversité. En outre, le marché des produits laitiers bénéficie d’autres formes de soutien, telles que les subventions à l’exportation ou la promotion commerciale. Mais la libéralisation progressive et l’ouverture des marchés ont considérablement réduit ce type de subvention. De 2000 à 2015, les montants ont fortement diminué, de plus de 700 millions de francs par an à moins de 300.

Moitié-moitié

Grâce aux paiements directs, les producteurs de lait sont en mesure de couvrir les coûts de production, explique Stefan Kohler, responsable de l’interprofession du lait, une organisation qui regroupe des producteurs, des transformateurs et des détaillants. «Pour chaque kilo de lait, les agriculteurs reçoivent environ 50 centimes de l’État, selon un rapport du gouvernement de 2017. En d’autres termes, la moitié de leurs revenus provient du marché, l’autre moitié de l’État», précise Stefan Kohler.

Les calculs effectués par Agridea, une association de consultants en agriculture, aboutissent à une conclusion un peu différente. Les agriculteurs de plaine reçoivent 21 centimes par kilo de lait de l’État, tandis que les agriculteurs de montagne touchent 56 centimes. Le coût de production dépasse donc de 12 à 56 centimes le prix encaissé par les producteurs.

Contenu externe

Le contenu suivant a été fourni par des partenaires externes. Nous ne pouvons ainsi pas garantir son accessibilité à tous les utilisateurs.

Comment en est-on arrivé à une telle pression sur les prix? En Suisse, ce sont les grands détaillants qui sont accusés de jouer à la baisse.

«Le problème – qui existe également dans d’autres pays – tient au poids très faible des producteurs de lait face à l’industrie et en particulier aux grands détaillants, note Berthe Darras. Il existe en Suisse un duopole (les distributeurs Coop et Migros) qui dicte les règles et applique des marges bénéficiaires très élevées, d’environ 30%.»

Suite…

Étiquettes : , ,

About the Author