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CHRONIQUE DE PIERRICK BERTHOU.

by ApliCom

Posted on août 17, 2020 at 09:59

L’eau, la pluie, les sécheresses, les inondations …

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Ce texte est une réflexion de la lecture des articles de M. Laurent Denise, sur la mauvaise gestion de l’eau de pluie. Je vous recommande vivement la lecture de ses articles, très instructifs au demeurant. Ce texte en est comme un prolongement.

Laurent Denise nous explique de façon très précise ce que les chercheurs Russes Anastassia Makarieva et Victor Goshkov avaient théorisé : le cycle de la pluie n’est pas dû a une action chimique, ni physique, mais est le fruit d’une action mécanique, avec comme clef de voûte l’évapotranspiration. L’évapotranspiration correspond à l’eau transpirée par les plantes vertes ; par exemple un arbre à feuilles caduques rejette dans l’atmosphère autant d’eau qu’il a captée. C’est cette eau qui servira à  »fabriquer » les prochaines pluies un peu plus loin. Grâce à ce phénomène il pleut plusieurs milliers de kilomètres à l’intérieur d’un continent. Monsieur Denise affirme que nos sécheresses sont le fait d’une mauvaise gestion de nos pluies hivernales. Ses écrits interpellent, posent des questions mais aussi apportent des solutions qu’il convient, néanmoins, de préciser.

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Par cette chaude journée d’août, l’atmosphère est lourde, chacun de vos gestes vous demande un gros effort et vous transpirez. Au loin le ciel s’assombrit….. Nous n’aurions besoin, selon M. Laurent Denise, que de 2,5% de l’eau de pluie pour couvrir nos besoins (agricoles, industriels et domestiques) et pourtant nous souffrons de plus en plus souvent de la sécheresse avec ses cohortes de conséquences parfois dramatiques ; cela va de la simple restriction d’eau quelques heures par jour à la destruction totale de culture en passant par une mise en danger d’une partie notre outil industriel, et c’est sans parler des incendies. Mais que faisons-nous des 97,5% d’eau de pluie que nous n’utilisons pas ? Une gabegie assurément ! Déjà que les 2,5% que nous utilisons, nous les gaspillons… Mais cela est logique, puisque nous sommes une génération qui vivons dans le gaspillage de tout ! Nous gaspillons la terre agricole alors que les famines sont nombreuses. Nous gaspillons nos énergies fossiles alors qu’elles ne sont pas inépuisables. Nous gaspillons nos aliments, nos  »fringues », nos biens matériels, notre argent que nous avons, paraît-il, tant de mal à gagner. Mais ceci est un autre débat… Alors pourquoi ne pas gaspiller l’eau ?

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Les hirondelles commencent à voler en rase motte, l’air s’est rafraîchi, de sombres nuages se rapprochent, les premiers roulements du tonnerre se font entendre au loin, pas encore d ‘éclairs puis soudain….une grosse goutte de pluie s’écrase sur votre joue… Il est étonnant d’entendre la plupart des gens râler à l’annonce d’une journée de pluie, c’est une mauvaise nouvelle. La météo ne parle t-elle pas de « mauvais temps » pour la pluie et de « beau temps » pour le soleil ? Le terme de « dépression » en météorologie est utilisé pour annoncer la pluie. C’est dire à quel point la pluie est, de nos jours, plutôt mal vécue. Et pourtant ne dit-on pas que l’eau c’est la vie ?

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L’orage s’approche de plus en plus, les éclairs lézardent le ciel, les animaux apeurés se sont mis à l’abri, la cour reçoit le début de cette pluie tant attendue …

1/4 Deux axes de travail se dégagent devant nous pour gérer l’eau de pluie. L’agriculture a sa part à faire et nos cités ont elles aussi des actions majeures à entreprendre. En effet, il va nous falloir apprendre à gérer l’eau de pluie, ce n’est pas difficile et finalement pas très coûteux, en tous cas cela sera bien moins onéreux que des sécheresses, dont la fréquence augmente dangereusement. Surtout, ne commettons pas l’erreur de compter sur les mercantis sans scrupules qui rêvent de gérer l’eau comme une marchandise. Nous n’en sommes plus là, n’est-ce pas ? Cela aggraverait le problème. M. Laurent Denise nous explique que pour avoir de l’évapotranspiration il faut couvrir nos sols de végétaux verts, donc vivants. Il faut aussi de l’eau dans le sol. Ceci nous mène tout droit à la façon dont nous pratiquons l’agriculture. Les cultures annuelles (blé- orge-colza, mais aussi riz et soja, ailleurs dans le monde) sont des cultures qui mûrissent, donc jaunissent dès la fin du printemps et ce jusqu’à la fin l’été, c’est à dire lorsque la température annuelle est à son point culminant. Cela induit deux phénomènes: tout d’abord la chute de l’évapotranspiration et un fort développement de l’albédo (réverbération du rayonnement solaire qui favorise l’effet de serre puis le réchauffement climatique). Quant au maïs, culture emblématique de notre agriculture industrielle, il n’est pas sans reproche puisque, dès le mois de mars, les agriculteurs ouvrent leurs terres par le labour et offrent les sillons aux forts vents (de nord et d’est) et au soleil. C’est ainsi qu’en une seule journée, ce sont des milliers de mètres cube d’eau qui s’évaporent. Tout ceci est amplifié par l’arasement des talus où s’érigeaient de nombreuses haies brise-vent. Deux mois plus tard, ces mêmes maïsiculteurs se plaignent du manque d’eau en oubliant ce qu’ils ont fait deux mois auparavant. Et c’est sans parler qu’entre les premiers labours et la fin juillet le sol restera quasiment sans couverture végétale. Nous voyons bien qu’il va falloir revoir notre manière de cultiver nos terres et sans doute faire des choix agricoles. Dans nos cités, le problème de la gestion de l’eau de pluie est évident. Trop d’eau douce est perdue. En fait, toute l’eau douce que nous utilisons, pour nos industries, pour nos besoins domestiques, ainsi que l’eau qui ruisselle sur nos surfaces artificialisées, est perdue, parce qu’elle retourne directement à la mer. Le problème est aussi là, mais il y a des solutions. .

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Maintenant le ciel est déchiré par les éclairs, l’orage redouble d’intensité, les déflagrations du tonnerre sont impressionnantes et la pluie est forte… Planter des arbres est sûrement la solution sauf qu’il faut environ 20 ans avant qu’un arbre soit efficace et c’est beaucoup trop long, vu le danger qui nous guette, selon M. Laurent Denise. Il nous faut d’autres remèdes en plus de la plantation d’arbres. Il faudra appliquer d’autres pratiques agricoles. Le semi direct sous couvert est une piste intéressante et d’ avenir. L’agroforesterie aussi, elle a fait ses preuves, mais a l’énorme inconvénient d’une mise en place longue. Se posera inévitablement la question de la place des céréales et du maïs dans nos assolements, ce qui influencera notre alimentation. Une réduction drastique de ces cultures doit être envisagée, au moins pour un temps, au profit de cultures qui restent vertes pendant les fortes chaleurs, même s’il faut un peu les irriguer. L’irrigation n’est pas un problème. Qui dit irrigation, dit évapotranspiration, donc pluie. Le problème est la baisse du taux d’humus dans nos sols, ce qui oblige une augmentation massive de l’irrigation. L’irrigation massive est un cache misère de la catastrophe qui se déroule sous nos pieds : la chute du taux d’humus de nos sols. Une tonne d’humus retient 90% de son poids en eau, dit autrement : une tonne d’humus met 900 litres d’eau en réserve. Nous pouvons dire aussi que 1% de matière organique de plus dans le sol, c’est à peu près 150 000 litres d’eau retenue par hectare. L’irrigation massive ne pourra bientôt plus compenser ce problème. La première réserve d’eau est donc le sol et sa richesse en humus ! L’irrigation massive est la conséquence du sur-développement des céréales et des cultures annuelles, car celles-ci appauvrissent le sols en humus donc la capacité de stockage de l’eau (entre autre). Plus la culture de céréale s’étendra plus l’humus sera détruit donc plus il faudra irriguer massivement par manque de capacité de stockage de nos sols.

2/4 Ceci fait dire à M.Laurent Denise que, l’été, le bassin aquitain se transforme en désert. Nous pouvons faire le même constat avec le marais poitevin, le nord et le centre de la France. Ce phénomène de désertification s’étend depuis peu à la Bourgogne. En petite montagne nous voyons de plus en plus de céréales, même la Bretagne, depuis la réforme de la P.A.C. (politique agricole commune) de 1992, a vu ses surfaces en céréales et maïs considérablement augmenter. Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets… .
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Les gouttières débordent d’eau de pluie, les routes sont inondées, l’orage se poursuit dans un vacarme d’enfer, les vitres tremblent à chaque déflagration. De tout temps il y a eu des périodes sèches, ce n’est pas anormal ; ce qui est grave, c’est lorsque nous sommes totalement démunis, impuissants face à cette situation. Nous devons agir, car nous pouvons agir, les solutions existent, elles sont multiples. Avant toute action, il faut comprendre, c’est un principe fondamental, que l’eau va toujours d’un point haut vers un point bas, c’est ainsi. Par contre entre le point haut et le point bas, l’eau peut très bien faire des zigzags, des courbes, etc… L’idée de base est de ralentir le ruissellement de l’eau. Si possible favoriser l’infiltration et stocker cette eau pour l’utiliser plus longtemps, plus tard… Les sols agricoles doivent être en capacité de recevoir et de stocker le maximum d’eau après une pluie (surtout en période sèche), d’où l’importance de la matière organique, de l’humus, des techniques culturales et de la végétalisation verte. Il faut aussi favoriser la gestion des eaux de pluie que le sol ne peut pas, ou plus, absorber. Pour cela les tranchées d’infiltration sont précieuses (terrains en pente, montagne). Les baissières et les petits canaux de dérivation à très faible dénivelé sont des atouts majeurs et efficaces. Toutes ces actions doivent être, bien évidemment, accompagnées par de la végétalisation. Les grandes réserves d’eau sont très importantes aussi, mais il faut opposer les bassins de retenue d’eau aux bassins de rétention d’eau. Les premiers cités ont une structure géométrique aux parois lisses et imperméabilisées par du béton ou des bâches et sont habillés par un grillage de protection. Ce genre d’édifice vire rapidement au marigot aux odeurs putrides et finalement n’a que peu d’intérêt. Par opposition les bassins de rétention d’eau sont des réalisations intégrées aux paysages. Ces bassins sont en formes de  »poires », les parois sont de différents niveaux et ne sont pas totalement imperméables, ce qui favorise une infiltration lente et la circulation de l’eau. Les bassins de rétention d’eau sont entourés d’une végétation abondante qui sont de grands arbres, des arbustes, des bosquets, des plantes grimpantes ou rampantes mais aussi des légumes. Il est possible de mettre des poissons dans ces bassins; c’est dire le potentiel de vie et de biodiversité que sont ces bassins ! ( réf.: Sepp Holzer, livre: Désert ou Paradis). Toutes nos exploitations agricoles devraient être équipées de telles structures, afin de remettre de l’humidité dans nos sols; c’est une question de survie. Il faut absolument encourager et aider les agriculteurs à réaliser ces travaux. Nos cités doivent aussi utiliser la topographie pour gérer l’eau de pluie. Toutes nos zones artificialisées, commerciales, industrielles, artisanales et de villégiature doivent œuvrer dans le sens du ralentissement, de la récupération, et de l’infiltration de l’eau de ruissellement. Toutes ces zones doivent être équipées d’un ou plusieurs bassins de rétention d’eau. Des tranchées d’infiltration doivent être creusées, au cœur même de nos cités, et alimentées par nos routes, rues et trottoirs. Il faut aussi revégétaliser nos villes, toujours pour favoriser l’évapotranspiration, et lutter contre la réverbération solaire, ce qui permettra de baisser la température lors des fortes chaleurs. Végétaliser nos bâtiments participera à l’évapotranspiration et servira d’isolant thermique (été et hiver), tout en purifiant l’air dont nos villes ont tellement besoin. Accessoirement, une production de fruit (kiwi, par exemple) est envisageable. De plus, ces lieux de récupération d’eau de pluie peuvent devenir des lieux de détente, d’agrément et de rafraîchissement lors des canicules.

3/4 Le reméandrage des ruisseaux, qui ont été rectifiés, est une nécessité absolue; ainsi que la mise en place de zones tampons et de micro-barrages sur les cours d’eau qui bordent nos villes. C’est différentes actions permettront de sécuriser l’approvisionnement en eau de tous, particuliers comme professionnels. Toutes ces réalisations ont une autre conséquence: en plus de limiter les pénuries d’eau, elles pourront freiner la vitesse de l’eau, donc le risque d’inondation baissera mécaniquement. Par ailleurs, nos stations d’épuration sont souvent situées en bordure d’un cours d’eau, ou en bas d’une vallée: c’est une erreur ! L’eau qui sort de nos stations d’épuration ne devrait pas être déversée directement dans la mer via les rivières (ce qui est le cas actuellement, comme le souligne M. Laurent Denise). Cette eau doit transiter par des bassins de rétention et/ou retourner vers les terres agricoles et ainsi participer à l’évapotranspiration. Les zones humides sont victimes d’idées pré-conçues. En effet, la plupart des personnes sont absolument persuadées que les zones humides favorisent l’infiltration de l’eau : c’est faux ! Une zone humide est souvent situées dans le creux d’une vallée. Les zones humides sont tapissées d’une couche im-per-mé-able donc par définition qui ne laisse pas filtrer l’eau. Mais alors à quoi servent ces zones humides ? Vu leurs formes et le lieu où elles se situent, ce sont des cuvettes naturelles, des réceptacles, des récupérateurs d’eau. Tout autour et à l’intérieur des ces zones humides se trouvent une faune, des arbres, des arbustes, et toute une riche et diverse végétation restituant l’eau par l’évapotranspiration. Les zones humides ont un rôle essentiel dans le cycle de la pluie. Depuis 60 ans, nous pouvons constater que l’orientation de notre agriculture ainsi que l’organisation de nos cités nous mènent au désastre. La modernisation de l’agriculture, telle qu’elle est faite, est une accumulation d’erreurs. Le remembrement avec l’arasement des talus, le drainage excessif, la destruction des zones humides, les fossés rectilignes favorisant l’évacuation rapide de l’eau, les pratiques agricoles non respectueuses font que nous asséchons puis desséchons nos terres. Nos cités qui ont concentré toutes nos zones d’activités, les artificialisant massivement, et là aussi, peut-être plus que nos campagnes, organisent la fuite de l’eau douce sans jamais la retenir. Alors faut-il s’étonner de voir des sécheresses répétitives ? La réponse est clairement non. Nos sécheresses nous les provoquons, bien malgré nous. Vous comprendrez aisément que nous avons brisé le cycle de la pluie. Le défi consiste à le restaurer. Économiser l’eau n’est pas une solution, bien au contraire cela amplifierait les sécheresses; il faut juste la placer au bon endroit. L’Humanité toute entière est concernée. A ce titre, chacun d’entre nous doit participer à la préservation, l’entretien et l’amélioration du cycle de la pluie, pour soi-même et pour les autres … Il ne s’agit pas de récupérer toute l’eau de pluie, ce qui n’est ni souhaitable ni réalisable; il s’agit simplement d’en récupérer une partie et de mieux la gérer. Cet élément naturel, et totalement gratuit, est un des plus beau symbole du bien commun qui nous appartient, donc, à tous. Ne comptez pas sur la marchandisation de l’eau. Cela ne fonctionnera pas. Les solutions existent, à nous de les appliquer, dès maintenant, il est vraiment urgent.

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L’orage est maintenant terminé, le soleil revient, la nature se réveille lavée et désaltérée, les odeurs de terreau humide embaument l’atmosphère encore chaud, vous enfilez vos bottes, votre chien aboie joyeusement, c’est une invitation à la balade dans la campagne , quel bonheur que d’aller marcher dans les flaques d’eau.. . Une belle journée s’annonce. « On ne prend conscience de ce(ux) à quoi nous sommes attachés qu’au moment où on le perd » Laurie Debove (Vivant)

Berthou Pierrick
La ferme de Poulfang
Quimperlé 29300
le 25/07/2020


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